virtualité, interaction, design, & art

>... Réflexions sur expression/représentation, émotion, sensation/proprioception, dramaturgie...

>... Perspectives pour la chorégraphie

Philippe Baudelot

De nombreux chorégraphes s'intéressent au numérique mais ne possèdent aucune connaissance technique et ne se sont jamais lancés dans un quelconque processus de création dans ce domaine. Pour autant, ils sont riches de multiples idées et de réflexions artistiques parfaitement pertinentes eu égard à la place du corps, à la scénographie, à la dramaturgie. Sur cette base, je propose un workshop associant ces chorégraphes non spécialistes du numérique et des chercheurs. Ce workshop, fondé sur des propositions de chorégraphes non spécialistes, permettrait aux chorégraphes de valider (ou non) leurs idées, de trouver des appuis pour les appliquer techniquement et aux chercheurs d'ouvrir de nouvelles perspectives, soit sous forme de développement d'outils existants, soit en dégageant de nouvelles perspectives de recherches.

Cette proposition s'appuie sur cinq idées:

  • l'idée que les non spécialistes peuvent souvent ouvrir des perspectives à des spécialistes;
  • la proximité improbable qui consiste à rapprocher des domaines de création artistique et de recherche et à profiter du travail commun pour faire avancer les processus;
  • l’intelligence collective, c’est-à-dire la mise en œuvre d’une mobilisation effective des compétences se fondant sur l’idée que si personne ne sait tout, tout le monde sait quelque chose et que ces quelques choses sont rarement valorisées;
  • la fertilisation croisée des idées dans le dessein de panacher des travaux permettant d’enrichir la recherche technique tout en facilitant le travail de création artistique,
  • l’impulsion créative conduisant à une dynamisation des chercheurs et des artistes ainsi qu’à leur stimulation mutuelle.

Contact: baudelot@wanadoo.fr

>... Dramaturgie

Georges Gagneré

Intérêt pour l'interprétation des données des capteurs et leur mise en corrélation avec une possible dramaturgie des performances.

Pour info, j'ai assisté lundi 4 février à l'Ircam à la présention de l'ouvrage (Capturing Intention), travail autour de l'atelier Double Skin/Double Mind de la cie Emio Greco - PC (Hollande) notes sur la présentation, par g. gagneré

Impressions concernant Capturing intention lundi 4/02 à l’Ircam

J’ai trouvé très intéressant le système de notation des mouvements. Les mouvements en questions sont simples, ils sont ce que l'on pratique pour l'échauffement, breathing, jumping… Le système de notation se porte sur des micros mouvements ou décomposition d’un mouvement, étudie aussi les variations dans la répétition d'un geste et la variation des modules de compositions dans l’espace et temps. On assiste à une transposition du langage du corps en une autre langue, code, lettres chiffres… Les modules d’organisation d’une suite de mouvements sont transposés en legos, trois couleurs, trois variations par exemple. Synthèse et analyse du mouvement permettent de parler d'intentions, c’est-à-dire avant l’action. L'utilisation qui est faite de ces données et notations me semble un peu réductrice: installation à effet de miroir où le visiteur se trouve impliqué, sa silhouette se trouve reproduite sur l’écran qui lui fait face ,( Dan Graham va plus loin dans le processus ludique, jeux des perspectives…etc.), un DVD interactif où le trait que l'on fait ou le cercle suit le mode sonore d'une respiration ou d'un jumping, quelque chose d’interactif. Bon l'étude dans son ensemble me paraît bien, le rendu en terme de processus de jeu peut évoluer.


Benoît Lahoz/Georges Gagneré/Frédérique Steiner

Au vu des différences de traduction de l'émotion dans le corps et dans la dramaturgie entre la danse et le théâtre, et pour tâcher de différencier concrètement et de manière fine physique et physiologique, nous souhaiterions expérimenter une captation en jeu sur des intensités immobiles, c'est-à-dire qu'à partir d'un texte (ou non, l'expérimentation avec/sans texte pouvant être en elle-même significative) que le comédien travaille sur des états et surtout sur le passage entre ces états (qui permet lui de noter ou non une différence appréciable): calme, nervosité, abattement, colère, tristesse, différents états de joie, différentes peurs, etc. Plusieurs capteurs branchés à la fois pourraient permettre de développer des grands “schémas” à vérifier le lendemain dans les mêmes - quasi - conditions d'expérimentation.

Plus précisément:

L'“émotion” s'exprime: elle est traduite par des attitudes. L'expression est donc elle-même une “traduction” de l'état psychologique qu'il faut retraduire dans l'autre sens pour retrouver l'émotion qui l'a émise. Mais une analyse fine de l'expression du visage exigerait - j'imagine - une multitude de capteurs pour permettre de dessiner de grands schémas d'expression.

Pour revenir à une conversation que nous avions avec Julien en janvier: je pense qu'il serait intéressant de repérer la manière dont quelques endroits du corps participant à l'expression d'un état (bouche mais aussi épaules, dos, sourcils évidemment, mains - tension -, etc.) réagissent et de mesurer l'ampleur de ces réactions.

Soit, par exemple:

  • Bouche: sourire/pas sourire
  • Mains: tendues/relachées
  • Epaules/Dos: voutés/droits (captation d'une verticale et d'une horizontale)
  • Sourcils/Front: plissés/tombant/remontant

Je m'aventure mais il me semble que ce sont les EMG qui seraient les plus efficaces pour la plupart des cas, hormis pour les épaules et le dos qui pourraient utiliser le même système que le respirateur ventral/pectoral que nous avons vu la dernière fois.

Pour compléter le travail dansé, le retour aux enseignements “naturalistes” de La formation de l'acteur de Stanislavski pourrait être intéressant: travailler sur une qualité de présence immobile pour générer quelques émotions types qui s'expriment dans le petit/discret.

Proposition d'atelier de travail sur les émotions d'un acteur, leur transposition en lumière et en accessoires 3D

>... Création sonore à partir de signaux physiologiques

Jean-Julien Filatriau, Andrew Brouse (Université Catholique de Louvain, Belgique)

Dans le cadre des workshops eNTERFACE '05, '06, '07 (http://www.enterface.net), nous avons travaillé sur des mini-projets visant à développer des applications de création sonore et visuelle contrôlées par signaux physiologiques. Les signaux considérés étaient dans un premier temps EEG (cerveau) et EMG (muscles), puis nous avons étendu nos travaux aux signaux ECG (électrocardiogrammes), GSR (galvanic skin response), BVP (Blood volume pulse), phalange temperature, respiration. En terme d'applications, nous avons autant travaillé sur des scénarios orientés sonification que sur des réalisations plus artistiques.

Au cours des trois projets, nous avons été amenés à tester un certain nombre d'interfaces d'acquisition de signaux biologiques (Thought Technology, BioMuse, DTI, USB-DUX, Arduino…) pour lesquels nous pourrons éventuellement fournir un feedback. Nous avons également développé une plateforme logicielle permettant l'échange de données entre différents environnements de développement (Matlab, Python, Max/MSP, PD, Processing etc…) via le protocole OSC; l'échange des données se faisant via une adresse IP Multicast, permettant à un ensemble d'utilisateurs au sein du même réseau local d'accéder aux données acquises par un ensemble de capteurs physiologiques. Nous serons heureux de faire partager aux participants de l'atelier notre expérience acquise durant ces mini-projets, et également d'en savoir plus sur les projets de chacun d'entre eux.


>... Restitution graphique immersive d'émotions

Christian Jacquemin

Dans le cadre de mes collaborations avec des partenaires artistiques, j'ai réalisé à plusieurs reprises des dispositifs graphiques spatialisés interactifs, contrôlables en temps réels. Ils avaient pour but de restituer et d'augmenter la capacité expressive des gestes d'un performeur ou de se combiner avec d'autres média.

Je souhaiterais participer à la restitution des émotions sous forme

visuelle et sonore immersive afin d'étudier l'impact cognitif de cette restitution. Je souhaite également collaborer avec les artistes présentes pour produire un rendu qui corresponde à leurs attentes scénographiques. Je joins une saisie d'écran d'un travail que j'avais réalisé en collaboration avec Roland Cahen (ENSCI) et Jean-Philippe Lambert (IRCAM) qui visait à produire une combinaison synesthésique un rendu audio et un rendu graphique. Ce travail pourrait être utilisé avec leur collaboration.

D'autres formes de rendu video-scénographiques peuvent être envisagées comme celui des accessoires virtuels qui avaient été développés avec Georges Gagneré dans le cadre de La Pluralité des Mondes (Compagnie Incidents Mémorables).

J'utilise principalement Virtual Choreographer, un moteur 3D opensource, pour le rendu graphique. Il possède un client/serveur UDP et accepte et envoit en OSC (ou en stream de caractères sinon). Les scènes graphiques peuvent contenir des objets sonores et le player peut renvoyer les coordonnées des objets sonores par rapport à des micros à des applications de spatialisation.

Jacquemin C., and Georges Gagneré (2007). Image de synthèse temps réel pour la performance augmentée dans le spectacle vivant. In, Imad Saleh and Djeff Regottaz, editors, Interfaces numériques, Hermes - Lavoisier, Paris.


>... Le Brun et la représentation des passions

Philippe Baudelot

Je vous avais parlé du travail de Le Brun sur représentation des passions, leur expression, les mouvements du visage (et leur source dans le cerveau). A défaut d’être scientifique, elle me semble historiquement intéressante. Ne serait-ce que parce qu’elle se fonde sur la pensée (et les a priori) philosophique de son siècle, pensée qu’elle codifie en représentation (une codification qui a survécu au peintre). Tout donne à croire qu’il en va de même pour nous même si les philosophes sont autres ainsi que les représentations. En voici une synthèse (malheureusement, je n’ai pas pu trouver le texte de la conférence)

Comment rendre visibles les mouvements de l'âme était unes des questions posées par les peintres (et les artistes en général) à l’ époque baroques? Charles Le Brun, directeur de l'Académie royale de peinture et de sculpture, notamment peintre des nombreux plafonds à Versaille et extraordinaire dessinateur, a donné en 1668 une Conférence sur l'expression des passions (je vais essayer d’en retrouver le texte).

Selon Le Brun qui se fonde sur les théories de Descartes, notamment sn analyse des passion, notre cerveau, centre de la motricité et de la sensibilité, abrite la glande pinéale. Lorsque cette dernière est atteinte par des sensations, elle sensibilise l'âme et provoque des mouvements corporels déterminés. Sur cette base, Le Brun a établi une typologie des passions où chaque émotion est associée à une réaction physiologique particulière.

Le Brun cherche à donner un équivalent visuel et graphique de ces réactions. Pour ce faire, il établit une sorte de grammaire des passions qui sont exprimées et des expressions qui manifestent ces passion . Par exemple, il distingue passion simple et passion composée, qui provoquent des mouvements simples et composées dans les expressions faciales. Pour concrétiser son projet, il réalise une série de dessins. 23 d’entre eux nous sont parvenus qui semblent être des études. Ils sont tous de même dimension avec avec deux faces, un profil et des pointillés qui marquent la place du menton, des lèvres, du bas du nez, des yeux et des sourcils. Les dessins conservés montrent une pensée complexe et une grande curiosité aux phénomènes du vivant. Cette ouverture lui permet d'explorer sans préjudice le caractère inconscient, primitif et lié à l'animalité des passions, à la recherche de cet animal unique, l'homme.

15 têtes d'expressions, à la pierre noire, reprennent pour partie des figures qui apparaissent parfois dans des compositions peintes de Le Brun. Dans la physionomie humaine, il consacre plusieurs feuilles aux modulations du regard. Selon l'orientation des yeux et des sourcils, Le Brun, reprenant les règles des portraits antiques définit trois types d'hommes, spirituel et droit (l'œil est horizontal), tout spirituel (le coin intérieur de l'œil remonte), incliné aux passions (le coin intérieur de l'œil redescend).

L'Effroi montre la violence de cette passion altérant toutes les parties du visage. le sourcil s'élève par le milieu; ses muscles sont marqués et enflés, et baissés sur le nez, qui se retire en haut aussi bien que les narines; les yeux fort ouverts; la paupière de dessus cachée sous le sourcil; le blanc de l'œil empoisonné de rouge; la prunelle égarée se place vers la partie inférieure de l'œil; […] les cheveux hérissés; […] et le tour des yeux pâle et livide…, expose Charles Le Brun.

Le Ravissement de fait apparaître d'autres expressions faciales. La tête penchée du côté du cœur et les sourcils élevés en haut semblent marquer l'apaisement de l'âme. C'est pour cela aussi que les yeux sont élevés vers le ciel, où il semble être attachés comme pour y découvrir ce que l'âme ne peut concevoir. La bouche est entrouverte, ayant les coins un peu relevés en haut, ce qui témoigne une espèce de ravissement, dit-il.