virtualité, interaction, design, & art

>... Propositions sur le décloisennement en enseignement entre arts et sciences

Réponse à Moïra Marguin, responsable du Pôle Numérique de l'ENSBA

Le 29 mai 2008

Christian Jacquemin

Professeur Informatique Université Paris 11

et LIMSI CNRS

Responsable de la thématique Virtualité, Interaction, Design et Art au LIMSI/CNRS

http://vida.limsi.fr/index.php/Accueil



Enseigne les cours suivants en cursus d'informatique



Les enseignements scientifiques peuvent et doivent s'ouvrir plus aux enseignements artistiques et de façon plus convergente que la simple proposition d'ateliers ou d'activités artistiques dans une formation scientifique. Voici quelques pistes dont certaines sont déjà existantes et d'autres sont en réflexion. Elles ne concernent que le cursus informatique dans lequel j'enseigne.

  • interventions d'artistes sur des enseignements scientifiques avec une part créatrice. A été expérimenté avec succès dans l'option Images numériques de Licence 1. Permet d'offrir une approche professionnelle des outils et méthodes pour la création numérique, et renforce l'apprentissage de la démarche créatrice dans un enseignement scientifique.
  • co-encadrement de travaux d'études et de recherche par un couple artiste/scientifique. A été expérimenté avec succès dans les Travaux d'étude et de recherche de Master 1. Permet de proposer aux étudiants une recherche hybride arts sciences dont la thématique est proposée et conduite par un artiste et dont la méthodologie est suivie par un enseignant d'informatique. Ouvre aux problématiques de l'art contemporain, de la création graphique.
  • intervention de professionnels des arts appliqués tels que le jeu vidéo, le cinéma d'animation 3D, le design ou l'architecture dans le cadre de cours d'informatique graphique (niveau master) pour présenter les perspectives professionnelles des formations en informatique graphique et, éventuellement, d'offrir stages et débouchés professionnels dans ces secteurs. (Expérimenté avec succès.)
  • suivi de stage d'étudiants d'informatique dans des structures artistiques que ces stages débouchent ou non sur des offres d'embauche. Un stage d'étudiant dans une structure artistique peut avoir un effet formateur sur un étudiant scientifique en lui faisant découvrir la nécessité d'une démarche créatrice, en lui proposant des environnements multi-disciplinaires où il va devoir composer avec des exigences complexes et variées. Même s'il ne poursuit pas professionnellement dans ce domaine, une telle expérience peut être très formatrice pour l'étudian. (Expérimenté avec succès.)
  • réalisation de projets mixtes arts/sciences par la collaboration entre étudiants artistes et scientifiques. Cette approche très séduisante de l'interdisciplinarité est difficile à mettre en place à cause de nombreux obstacles: rythmes universitaires différents, dialogue maladroit entre étudiants artistes et scientifiques à cause de problèmes de vocabulaires et de démarches, attentes techniques trop fortes des étudiants artistes… A été expérimenté à plusieurs reprises (Université Paris 11 & ENSAD, Université Paris 11 & ENSBA, Université Paris 11 & École d'architecture de la Villette), à des niveaux d'études différents (L3, M1 et Doctorat), mais sans grand succès.
  • accueil d'étudiants artistes, ayant une bonne culture scientifique, dans un cursus scientifique. Cette démarche comporte des risques sur la capacité d'adaptation d'un étudiant artistique à un contenu scientifique lourd requérant une culture scientifique qu'il n'a pas nécessairement pu acquérir lors de ses études. Lorsqu'elle réussit, elle est cependant très profitable. Elle peut, à terme, permettre d'augmenter les flux d'étudiants dans les filières scientifiques. Pour être bien réalisée, cette intégration doit s'accompagner de mises à niveau.
  • application de travaux scientifiques (niveau Master 2 ou Doctorat) à des champs artistiques. A été implémenté avec succès à plusieurs reprises. Le développement de cursus longs en École d'art (comme le Cycle Supérieur de Recherche et d'Innovation de l'ENSAD) ouvre des perspectives plus riches de collaborations entre chercheurs artistes et doctorants scientifiques.
  • séminaires mixtes arts/sciences pour les étudiants en doctorat. Est réalisé à Paris 6 dans le cadre des ateliers “d'Histoire et de Philosophie des Sciences” organisés par l'école doctorale SMAE et fonctionne très bien.


Je termine par quelques propositions sur le plus long terme:

  • étudier l'ouverture de filières mixtes artistiques/scientifiques qui offrent une formation en arts appliqués aux scientifiques et qui offrent aux artistes une formation solide en informatique. En dehors des domaines connus des jeux vidéo ou du cinéma d'animation, ces filières peuvent conduire vers les métiers du design, du spectacle vivant, des services web, de l'audio-numérique…
  • offrir des écoles d'été hybrides aux doctorants d'informatiques et aux chercheurs artistes avec la réalisation de projets collectifs communs comme cela est déjà fait dans certains ateliers de projets européens internationaux (par exemple eNTERFACE que le LIMSI organise cet été).
  • intégrer dans le cursus scientifique des unités de formation artistique adaptées aux spécialités scientifiques qui ne sont pas des ateliers mais des unités optionnelles avec un contenu formel significatif. Ces unités peuvent être orientées vers la professionnalisation ou vers l'apport de culture artistique.