virtualité, interaction, design, & art

Quelques notes suite à la conférence (re)Actor First International Conference on Digital Live Art 2007 (Christian Jacquemin, LIMSI et Université Paris 11)

Suivi de quelques notes sur la soirée Performances (Sophie Lavaud-Forest, université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

1st international conference on Digital Live Art, Queen Mary's University, Londres

Atelier en marge de la conférence HCI 2006

Il s'agissait d'une conférence pluridisciplinaire rassemblant des chercheurs, des artistes et des institutionnels. Donc un mix de participants avec des universitaires de disciplines artistiques (arts du spectacles, beaux arts, histoire de l'art) et scientifiques (informatique essentiellement), des enseignants en arts du spectacle, des artistes du théâtre, du VJ'ing, du multimédia, des journalistes…

Mais finalement le statut de chacun était assez peu important et le discours tenu était suffisamment transversal pour que l'on ne sache pas bien à quoi les rattacher. Même si l'intervention finale a mis l'accent sur le fait qu'il faut poursuivre les efforts de convergence des pratiques et des discours, je trouve que plusieurs présentations avaient une forte transversalité originale et fructueuse. Dans la discussion qui a suivi cette intervention conclusive, il a été souligné la nécessité de croiser les pratiques: les artistes doivent sortir de leurs ateliers et être accueillis en résidence dans des lieux de science et/ou de technologie - et réciproquement chercheurs et techniciens doivent sortir de leurs labos pour se rendre dans les lieux de création. Les rapports de pouvoir et d'argent sont souvent en faveur des techniciens et des ingénieurs, mais en contrepartie, ceux-ci risquent d'être pris dans des dérives utilitaristes. Donc, c'est finalement en se rencontrant que les disparités s'effacent et que les complémentarités se développent.

Cette conférence était essentiellement britannique dans son organisation scientifique, artistique et matérielle. L'épicentre de l'organisation se trouvait à Leeds qui a un centre de formation //School of performance and cultural industries// très actif dans le domaine des arts numériques pour les arts vivants. Ils ont également une revue //International Journal for Performance and Digital Art// qui devrait publier un numéro spécial à partir de certaines des interventions de la journée. Leur but avoué est de faire mieux reconnaître leur communauté et obtenir des financements pour le soutien de leurs recherches et formations. Malgré un désir de valorisation domestique, j'ai toutefois remarqué de leur part une curiosité et un intérêt pour les travaux étrangers. J'ai parlé avec plusieurs personnes qui m'ont dit être intéressées par les recherches se conduisant dans d'autres pays d'Europe dont la France.

Mon impression est que nous devons poursuivre en France les efforts pour structurer notre communauté. Des conférences comme H2PTM ou CHIM permettent de se faire rencontrer les communautés culturelles, scientifiques et artistiques et il faut poursuivre cet effort et insister sur les convergences possibles. Ces lieux de croisement et de convergence sont précieux. Il faut également poursuivre les efforts de migrations et de croisements disciplinaires, trouver des moyens d'accueillir en résidence des artistes dans les lieux de recherche et de développement et développer les projets scientifiques incluant et valorisant des participations du domaine artistique et créatif.

Quelques thèmes présentés lors de la conférence

Voir le programme détaillé des papiers et la description des conférences invitées.

  • Mix live: parcours cyclique depuis les débuts du cinéma où l'on jouait du piano dans les salles -> films sonorisés -> vidéo -> VJ'ing et musique
  • Jeu de réalité mixte et DJ'ing: possibilité de combiner les expériences du dancefloor et celles des jeux en fournissant des indices du jeu sur un dancefloor ou en reprenant des phrases issues de chat. Faire du web un espace de performance en abolissant les frontières entre événement live et jeu en ligne.
  • Réalisation d'un patch max d'analyse vidéo pour le tracking intelligent et robuste.
  • Analyse du lien entre l'espace scénique, le mouvement des acteurs et les interactions avec un média virtuel en étudiant le cas de la pièce Marlowe de Adré Werner.
  • Jeu avec des projections lumineuses au sol dans un espace public pour amener les personnes à danser ensemble.
  • Installation live à base de particules dont la particularité est de se désagréger lorsque le spectateur s'en approche trop. Une incitation à la contemplation et à la non interaction.
  • Perspective historique sur l'interactivité, les capteurs, la capture du mouvement avec, en particulier, une référence appuyée et comparative à Muybridge et Etienne Jules Marey qui outre la chronophotographie a inventé, entre autres, de nombreux capteurs physiques. Fleischer et le rotoscoping des années 20. Theremin et la capture de distance.
  • Le visage humain comme interface de sortie: manipulation du visage par le biais de stimuli électriques.

De nombreuses performances ont été présentées en soirée, mais je n'ai pu rester. Il y avait également quelques installations visibles pendant les interruptions de la conférence — tout était très bien organis!

Quelques notes suite à la soirée Performance à reActor

Sophie Lavaud-Forest, Université Paris 1

Cette soirée a suivi la journée de présentation des conférences et des Papers à reActor.

Les performances en soirée ont toutes eu lieu dans L’Octagon de l’université Queen Mary de Londres, pièce octogonale comme son nom l’indique, dont la scénographie a été réaménagée spécialement pour compléter celle installée pour la journée. Un écran supplémentaire aux trois déjà présents a été installé, des tables de mixage pour les compositions sonores en live, un tapis avec capteurs de pression au sol et des éléments de décoration gonflés suspendus le long des murs ou au plafond. Le tout dans un mélange étonnant d’anciens médias (les livres rangés sur leur tranches colorées, dans un ordre impeccable sur des rayonnages qui entourent de façon pérenne les murs intérieurs de la pièce) et de nouveaux médias technologiques (micros, câbles électriques, écrans, lumières, vidéoprojecteurs, ordinateurs portables, webcams) rassemblés dans un joyeux désordre créatif pour ce workshop (re)Actor. L’ambiance avait des allures de discothèque (éclairage feutré, environnement sonore clinquant, images stroboscopiques et rythmes trépidants), la fumée de cigarette en moins… Ceci étant particulièrement récurrent pour toutes les performances de VJ et DJ qu’elles soient le fruit de purs sampling d’enregistrements (Microchunk & Fredku, Charles Kriel) ou qu’elles fassent intervenir la voix en live vocal (Askew and Avis): voix retravaillées et sculptées en direct grâce à un logiciel fait maison: Ableton Live.

Je diviserai grossièrement (car certaines caractéristiques des unes peuvent se retrouver dans d’autres) les performances en deux catégories:

**LES PERFORMANCES PARTICIPATIVES**

C’est celles dont l’exécution inciteraient le spectateur à une participation spontanée, active dansée, dans un engagement orienté vers le divertissement, voire le défoulement. Improvisation, combinaisons aléatoires, et négociations structurées avec le DJ au fur et à mesure de la performance ont été des composantes communes à ces performances orientées vers une esthétique visuelle et sonore urbaine de narration par technique de footage qui hache les récits, zappe les histoires, encastre les images et les sons, un peu comme en son temps (les annees 50), le peintre Rauschenberg avec ses Combine paintings a introduit des mélanges hétéroclites et hétérogènes d’images peintes, collées, d’objets réels artisanaux ou manufacturés sur une même toile à l’instar de l’introduction des médias de l’information (radio, télévision, presse écrite) qui investissent et envahissent de façon discontinue et agressive le continuum de notre environnement quotidien domestique et privé, en y introduisant images et sons venus du monde extérieur. (Petite note: une exposition des “Combines” de Robert Rauschenberg a lieu au Centre Georges Pompidou du 11 octobre 2006 au 15 janvier 2007)

**LES PERFORMANCES SPECTACLES**

C’est celles qui empruntent les codes et conventions sociales du spectacle vivant dans une position de réception plus traditionnelle de regardeur d’une action structurée qui se déroule devant lui. Même si l’usage de certaines technologies de communication l’incite à pouvoir s’exprimer, son expression est beaucoup plus encadrée, prévue et prédictible que dans le pur divertissement ludique. Ainsi la compagnie Feeding the Fish tente de renouveler le genre du jonglage en programmant des effets laser produits par leurs accessoires de jonglage qui interagissent avec la musique durant le spectacle.

Une jeune artiste d’origine hongroise Anett Kulcsar a présenté une performance-spectacle consistant a produire des sons à partir, non pas directement de l’action d’une gestuelle sur un instrument de musique traditionnel, mais par les mouvements de son corps revêtu d’un costume rempli de capteurs sensoriels. Mais la diffusion d’images calculées et préenregitrées simultanément à la performance sonore a, à mon avis, fortement perturbé (au sens de perturbation d’un signal, comme un bruit dans la communication), la perception claire des relations qui se jouaient entre les mouvements de son corps et les sons produits.

Je terminerai avec une dernière performance faisant appel très nettement aux conventions et codes théâtraux. Il s’agir d’une sorte de pièce intitulée Once I was dead présentée par Lightwork en association avec Central School of Speech and Drama et la Wimbledon School of Art. Autour du mythe de Dédale et Icare la pièce fait appel à des techniques classiques (déclamation de textes, jeux d’acteurs, mise en scène d’actions scénographiées) mais aussi à la mise en scène et à la spectacularisation de la technologie: les laptops y occupent une large place en tant qu’accessoires transportables mobiles et aussi objets communicationnels puisque le Net y est utilisé comme un espace de performance. L’utilisation de webcams et le jeu de VJ mixent des images vidéo en live, mais aussi enregistrées et des animations calculées. Enfin des micros permettent à des personnes (averties à l’avance?) assises dans le public de répondre à des questions qui leur sont posées par un acteur et l’utilisation de téléphones portables leur permet de communiquer à distance.

En guise de conclusion rapide, j’énoncerai ici de manière un peu chaotique et peu structurée quelques réflexions qu’ont pu me suggérer les performances de cette soirée. Je dirais donc que l’ensemble des créations et événements présentés restent pour moi du domaine de l’expérimentation et de l’expérimental. Que si le discours esthétique et le discours technologique doivent converger, c’est pour créer du sens, de la profondeur, de la réflexion, de la magie et de la poésie. Que l’expérience et l’émotion esthétique n’est que très rarement suscitée par une démonstration technologique. Que l’usage des technologies de l’information et de la communication dans l’art et le spectacle vivant doit amener sur le plan symbolique une spécificité et une originalité dans la posture de réception du spectateur qui l’engage différemment que par les interactions écrites dans un script ou des règles non régies par un programme informatique. Et que cette différence ne devrait pas s’évaluer au détriment de ces écritures nouvelles. Qu’enfin, je partage avec d’autres auteurs (Edmond Couchot pour ne citer que lui) un manque assourdissant d’une véritable critique du spectacle vivant numérique et de l’art numérique en général

C’est pourquoi, je suis particulièrement heureuse de vous annoncer la parution d’un ouvrage collectif auquel j’ai apporté ma contribution (“Les images/systèmes, des alter-egos autonomes”)et qui essaie de combler certains manques dans ce domaine:

L'image actée - Scénarisations numériques Parcours du séminaire L'action sur l'image Pierre Barboza et Jean-Louis Weissberg (dir.) L'Harmattan, coll. Champs Visuels

Quels vocabulaires, quels concepts, quels angles de questionnement pour construire la critique des oeuvres hypermédias (cédéroms, sites web, installations artistiques) en explorant les nouveaux types de relation avec l'image induits en particulier par l'interactivit? Comment situer l'irruption de la gestualité et du corps, en regard des modalités narratives antérieures des arts de l'image et du cinéma en particulier? A ces questions, cet ouvrage propose une série de réponses élaborée après cinq années d'investigation collective dans le cadre du séminaire “L'action sur l'image: pour l'élaboration d'un vocabulaire critique”. Cet ouvrage propose, à partir de l'analyse d'oeuvres et de réalisations, un ensemble d'outils conceptuels, de pistes d'analyse et de réflexion. Un glossaire rassemble les principaux concepts que chaque article explicite plus amplement.

Les auteurs: Etienne-Armand AMATO, Pierre BARBOZA, Clarisse BARDIOT, Frédéric DAJEZ, Luc DALL'ARMELLINA, Geneviève JACQUINOT-DELAUNAY, Janique LAUDOUAR, Sophie LAVAUD, Vincent MABILLOT, Frédérique MATHIEU, Jean-Louis WEISSBERG. , / Plus d'informations sur le blog: [1] Commander le livre sur le site de L'Harmattan: [2] Télécharger le document Acrobat contenant: [ sommaire / présentation / bon de commande ]