Ph Baudelot seminaire MdO 22 03

P. Baudelot - mars 2008

EMOTIONS - THEATRE ET DANSE QUELLE APPROCHE



L'émotion, je l'aborde de biais, jamais de front, parce que je crois que ce n'est pas possible d'en faire un objectif en tant que tel. Pourtant, je tourne sans cesse autour, en m'appuyant sur des notions concrètes comme l'intensité ou la justesse: justesse de la pensée, justesse de la voix, du geste, etc. Un metteur en scène face à l'acteur ne peut qu'évoquer l'émotion. Il ne peut certainement pas la réclamer, la décider pour lui. Parce que l'art de l'acteur comporte aussi cette double exigence de lucidité, reconnaître l'émotion et s'en méfier. L'émotion n'est pas forcément signe de vérité.


En fait l'émotion au théâtre n'advient que dans cette relation de l'acteur avec le spectateur. Et cela va dans les deux sens, l'émotion étant aussi un travail du spectateur. Du spectateur disponible pour recevoir ce qu'éprouve l'acteur au moment où celui-ci parvient, sans effort apparent, à réunir sa propre pensée à celle du texte, dans l'expression juste et intime de son corps. Ce moment indicible où la pensée se fait immédiatement sensible.


Cela dit, il me semble qu'un des rôles de l'artiste, c'est d'arriver autant à créer une forme sur une émotion que de faire l'inverse. Cela en convoquant tout ce qui le stimule et le touche, venant de l'intérieur et de l'extérieur, avec des impulsions souvent irrationnelles et des intuitions inexplicables ».


Denis Marleau



Faire une analyse de l’idée et de la réalité de l’émotion n’est pas chose simple. J’ai choisi une démarche volontairement simple et traditionnelle, sachant que cette intervention demeurera loin de couvrir tout le champ d’investigation que propose d’explorer. Mais cette démarche m’a semblé permettre de poser au moins les bases de la réflexion qui me semble indispensable.


A – L’Emotion dans le Trésor de la langue Française

ÉMOTION, subst. fém.

A. Vieilli. Mouvement assez vif. L’émotion de l’air. La douceur de l’air, cette émotion de l’été qui nous entre dans la gorge en certains jours (MAUPASS., Contes et nouv., t. 1, Rendez-vous, 1889, p. 60):


1. Il [l’abbé Mouret] était resté le visage tourné vers les rideaux, suivant sur la transparence du linge (…) toutes les émotions du ciel.

ZOLA, La Faute de l’Abbé Mouret, 1875, p. 150.

Au fig. Émotion collective, populaire. Il ressent une émotion, une vibration intérieure qui est un véritable mouvement (Arts et litt., 1935, p. 2808).

B. Conduite réactive, réflexe, involontaire vécue simultanément au niveau du corps d’une manière plus ou moins violente et affectivement sur le mode du plaisir ou de la douleur. Éprouver, ressentir une émotion. La plupart des émotions sont grosses de mille sensations, sentiments ou idées qui les pénètrent (BERGSON, Essai donn. imm., 1889, p. 26). Les émotions et les sentiments sont constitués par des sensations organiques (RUYER, Esq. philos. struct., 1930, p. 170):


2. À présent nous pouvons concevoir ce qu’est une émotion. C’est une transformation du monde…. Le passage à l’émotion est une modification totale de l’être-dans-le-monde selon les lois très particulières de la magie.

SARTRE, Esquisse d’une théorie des émotions, Paris, Hermann, 1939, p. 43, 66.

1. [La cause de l’émotion est extérieure au sujet] Bouleversement, secousse, saisissement qui rompent la tranquillité, se manifestent par des modifications physiologiques violentes, parfois explosives ou paralysantes. Une émotion forte; crier, trembler d’émotion. Une émotion terrible lui serrait la gorge, la faisait vaciller sur ses pieds (MAUPASS., Contes et nouv., t. 2, Abandonné, 1884, p. 469). Les émotions ressemblent, selon l’expression de M. Pradines, à des séismes mentaux (J. VUILLEMIN, Essai signif. mort, 1949, p. 111):

3. … l’émotion apparaît comme une vraie crise d’infirmité spasmodique. Le peureux reste cloué sur place, le timide bafouille, le menteur se coupe, l’anxieux sombre dans l’impuissance. On a parlé dataxie psychique, dhémorragie de la sensibilit.

MOUNIER, Traité du caractère, 1946, p. 228.

SYNT. Émotion aiguë, intense, simple; l’émotion du danger, de la frayeur, de la peur; être bouleversé, brisé, étranglé d’émotion; être rouge, blanc d’émotion; être en proie à la plus vive émotion; être sous le coup d’une émotion; être à bout d’émotion, au plus haut point, au comble de l’émotion; n’en plus pouvoir d’émotion.

Expr. Après toutes ces émotions. Pourvu qu’aucun de vous deux ne tombe malade, après toutes ces émotions! (FLAUBERT, Corresp., 1875, p. 266). Que d’émotions! Que de complications! que d’émotions! que de dangers! (PAILLERON, Âge ingrat, 1879, II, 7, p. 69).

Rem. On rencontre ds la docum. a) Émotion-choc. Émotion-choc avec phénomènes salivaires, circulatoires, musculaires, glandulaires, etc. (MOUNIER, Traité caract., 1946, p. 47). b) Émotion-surprise. Le caractère circulaire de l’émotion-surprise (RICŒUR, Philos. volonté, 1949, p. 238).

2. [La cause de l’émotion n’est pas seulement extérieure]

a) [Elle est alimentée par les différents niveaux de la sensibilité, du sentiment et des passions propres à la personnalité du sujet] L’émotion de l’inquiétude, de la joie. L’amour est un art, comme la musique. Il donne des émotions du même ordre (, Aphrodite, 1896, p. 16). Miss est rose de surprise, d’émotion, d’une sorte de saisissement délicieux (BERNANOS, M. Ouine, 1943, p. 1350):


4. Dans une détente délicieuse, je m’épanouissais. Je me rappelle ce dégel de tout mon être sous ton regard, ces émotions jaillissantes, ces sources délivrées.

MAURIAC, Le Nœud de vipères, 1932, p. 46.

SYNT. Émotion douloureuse, heureuse, passionnelle, poignante, sentimentale; l’émotion du chagrin, de la tendresse, de la tristesse; cacher, contenir son émotion; enfouir ses émotions dans son cœur; éprouver une émotion de plaisir; se laisser aller à l’émotion; être ivre d’émotion.

Expr. Trahir son émotion. Garder toujours son sang-froid (…) ne jamais trahir son émotion (L. FEBVRE, Combats pour hist., Sensibilité et histoire, 1941, p. 226). Sans aucune émotion. Sans broncher, sans sourciller, sans manifester. C’est un visage dur, sans émotion, un visage politique et nullement humain (DU CAMP, Hollande, 1859, p. 70).

b) [L’émotion est d’orig. esthétique, spirituelle, mystique] Émotion mystérieuse, rare. La vie de la musique divine et illimitée, dans le monde des émotions sans nom (MALÈGUE, Augustin, t. 2, 1933, p. 191):


5. Certaines combinaisons de paroles peuvent produire une émotion que d’autres ne produisent pas, et que nous appellerons poétique.

VALÉRY, Variété V, 1944, p. 137.

SYNT. Émotion esthétique, littéraire, musicale, religieuse; émotion délicate, diffuse, fine, intime; l’émotion du rêve; émotions d’art.

C. Qualité chaleureuse, lyrique de la sensibilité; cœur, ardeur. Avoir de l’émotion, de la chaleur. Toute éloquence doit venir d’émotion, et toute émotion donne naturellement de l’éloquence (JOUBERT, Pensées, t. 2, 1824, p. 118). On a senti combien le ton s’élève: l’émotion lui donne la netteté du langage et la force (SAINTE-BEUVE, Port-Royal, t. 4, 1859, p. 203).

Péj. Excès de sensibilité, sensiblerie, sentimentalisme. Je hais les émotions, les sentiments, tout ce qui est cœur imprimé, tout ce qui est cœur mis sur le papier. (GONCOURT, Journal, 1852, p. 61). Je fais sauter tout ce qui relève de l’émotion, tout ce qui est lyrique, et tout ce qui sent l’apitoiement sur soi-même (GREEN, Journal, 1948, p. 209).

Rem. On rencontre ds la docum. a) Émotionalisme, subst. masc. Goût de l’émotion. La piété anglicane (…) contraste avec l’émotionalisme de certains revivals non-conformistes (Philos., Relig., 1957, p. 5012). b) Émotionaliste, subst. masc. Qui cultive l’émotion. Ceux-ci se divisent selon leurs tempéraments créateurs en rationalistes et émotionalistes (Arts et litt., 1936, p. 6407).


B – Les synomymes et mots apparentés


J’ai établi cette liste sur la base de la définition du Trésor de la Langue Française. Elle peut être incomplète mais elle trace bien la réalité des termes que l’on peut référer à l’émotion.



Sur cette base, je propose le schéma suivant qui me semble permettre une grille de lecture et d’organisation sémantique de ces mots sur les axes agréable vs désagréable et rejet vs attention.





C- Des approches multiples


De façon synthétique, une émotion est un mouvement interne au corps qui génère une réaction expressive extérieure. Elle est provoquée par la confrontation à une situation et à l’interprétation à laquelle donne lieu cette confrontation. Elle peut se définir comme une séquence de changements d’état intervenant dans cinq systèmes organiques (cognitif, neurophysiologique, moteur, motivationnel, moniteur), de manière interdépendante et synchronisée en réponse à l’évaluation de la pertinence d’un stimulus externe ou interne par rapport à un intérêt central pour l’organisme.

Une émotion est créatrice d’un changement d’état dans le monde du vivant (émouvoir = mettre en mouvement). Ce changement est vécu physiquement (manifestation de la joie, de la peur, du dégoût, de la colère…). Les émotions prennent leur source dans la région du cerveau appelée amygdale, laquelle joue un rôle clé dans la régulation de nos émotions et la mémoire émotionnelle. Le déclenchement émotionnel est quant à lui lié à un changement dans la manière de vivre une relation ou d’être en relation.

Mais cette définition présente beaucoup d’ambiguïtés et d’imprécisions. En effet, le concept d’émotion est utilisé de manière différente selon qu’il est envisagé en référence à l’aspect stimulus, à l’expérience subjective, à une phase d’un processus, à une variable intermédiaire ou à une réponse. Il s’agit aussi de tenir compte du champ d’expression par lequel on l’exprime. En effet, le langage quotidien et le langage scientifique ne visent pas les mêmes objectifs. Surtout si l’on tient compte du fait que les avancées scientifiques dans ce domaine proposent la même terminologie. Ainsi, ce concept, dans son usage commun, est souvent confondu (parfois à juste titre) avec la notion de sentiment (celui-ci est conscient, contrôlé et n’est pas toujours associé à une manifestation extérieure) et avec passion (notamment pour l’âge classique) qui elle est un sentiment non contrôlé ou contrôlable.

Pour autant nombreux sont ceux qui estiment qu’il est préférable de ne pas proposer de définition trop stricte de l’émotion, compte tenu de nos connaissances insuffisantes dans ce domaine.



L’approche évolutionniste


Pour Darwin (Expression of the Emotions in Man and Animals - 1872 ), les émotions sont un héritage de nos ancêtres constamment confrontés à l’inconnu. Leurs réactions sont devenues innées et réflexes, notamment sous leurs expressions faciales et vocales devenues des pivots de nos relations au monde. Enfin, Darwin établi un lien entre émotion et système nerveux. Il la définit comme faculté d’adaptation et de survie de l’organisme vivant, innée, universelle et communicative.





L’approche psychologique traditionnelle


En psychologie, le concept d’émotion apparaît comme polysémique. Sans définition claire et univoque. Ceci même si tous les scientifiques s’accordent sur son rôle central dans toute analyse comportementale et son rapport étroit et permanent avec nos décisions et nos actions. C’est-à-dire que les émotions agissent sur nos comportements quotidiens, sur nos choix et nos perceptions qu’elles rendent la communication plus efficace et lui confèrent un niveau d’impact. Enfin, il y a accord pour constater que les émotions jouent un rôle dans les processus d’apprentissage en agissant sur la capacité de mémorisation de l’apprenant, sur sa rétention de l’information et sur son attention.

Globalement, elles sont classées de la manière suivante par les psychologues

Les émotions primaires

Joie;

Tristesse;

Dégoût;

Peur;

Colère;

Surprise.


Les émotions secondaires

Ce sont des mélanges des émotions de base. Par exemple, la honte est une émotion secondaire, à la mélange de peur et de colère (bloquée ou retournée contre soi).

la nostalgie;

l’amour;

la haine;

l’envie;

la gratitude;

la rancune;

la confiance;

l’embarras;

la honte;

la méfiance;

l’empathie;

le mépris;

l’approbation;

le dédain;

la fiert;

l’humiliation;

la sincerit;

la tromperie;

la culpabilité…

L’approche cognitive


En cognitivité, l’émotion est le fruit des évaluations que l’individu fait au sujet d’un événement, qu’il soit externe ou interne, ou d’une situation. L’approche cognitive se distingue des théories de base en ce qu’elle suppose des mécanismes de genèse communs à toutes les émotions et que, pour comprendre les émotions, il est tout d’abord nécessaire de comprendre les évaluations que l’individu fait au sujet des événements de son environnement, c’est-à-dire le processus rapide, automatique et inconscient, dont la fonction est d’évaluer les stimuli perçus sur la base de critères particuliers.

Klaus Scherer définit une émotion comme une séquence de changements d’état intervenant dans cinq systèmes organiques de manière interdépendante et synchronisée en réponse à l’évaluation d’un stimulus externe, ou interne, par rapport à un intérêt central pour l’individu. C’est-à-dire une séquence de changements d’état intervenant dans cinq systèmes organiques: cognitif (activité du système nerveux central), psychophysiologique (réponses périphériques), motivationnel (tendance à répondre à l’événement), moteur (mouvement, expression faciale, vocalisation), sentiment subjectif.

Il s’agit là de réaction aux questions dont a besoin l’organisme pour avoir une réaction appropriée:

1. Est-ce que cet évènement est pertinent pour moi? Est-ce qu’il affecte directement ma personne ou mon groupe social?

2. Quelles sont les implications ou les conséquences de cet évènement et à quel point vont-elles affecter mon bien être ou mes buts à court et long terme?

3. A quel point suis-je capable de faire face à ces conséquences?

4. Quelle signification a cet évènement par rapport à mes convictions personnelles ainsi que face aux normes et valeurs sociales?



Contrairement aux théories des émotions traditionnelles, ce modèle ne se limite pas à un nombre restreint d’émotions (colère, joie, peur, tristesse, dégoût…). Il considère que le processus émotionnel est considéré comme une forme de fluctuations constantes de changements dans différents sous systèmes de l’organisme permettant de souligner un très large spectre d’états émotionnels

L’approche phénoménologique


Pour Maurice Merleau Ponty: « Colère, honte, haine, amour ne sont pas des faits psychiques cachés au plus profond de la conscience d’autrui, ce sont des types de comportement ou des styles de conduite visibles du dehors. Ils sont sur ce visage ou dans ces gestes et non pas cachés derrière eux. La psychologie n’a pas commencé de se développer que le jour où elle a renoncé à distinguer le corps et l’esprit, où elle a abandonné les deux méthodes corrélatives de l’observation intérieure et de la psychologie physiologique. On ne nous apprenait rien de plus sur l’émotion tant qu’on se bornait à mesurer la vitesse de la respiration ou celle du battement du coeur dans la colère - et on ne nous apprenait rien sur la colère quand on essayait de rendre la nuance qualitative et indicible de la colère vécue. Faire la psychologie de colère, c’est chercher à fixer le sens de la colère, c’est se demander quelle en est la fonction dans une vie humaine et en quelque sorte à quoi elle sert »

Il se demande comment les émotions d’autrui peuvent-elles être non seulement perceptibles mais encore compréhensibles, à celui qui ne les éprouve pas? Je puis par exemple comprendre que cet homme soit en colère alors que je ne suis pas moi - même pas en colère; je puis comprendre sa colère alors que, vraisemblablement, ma colère n’est pas identique à la sienne. Pour lui l’émotion est un comportement et c’est en tant que comportement revêtant un sens que l’émotion d’autrui m’est immédiatement compréhensible.


L’approche esthétique (notes)


1/ Approche psychologisante:

Sensation sensibilité et jugement en sont les composants, mais l’émotion esthétique n’est réductible à aucun de ces éléments.b

2/ Approche existentielle:


3/ Approche métaphysique:

- L’art c’est la vie ou comment faire disparaître l’art dans l’industrie du luxe, la publicité, la banalité du regard - Les étoiles, on ne les désire pas, on ne peut que se réjouir de leur splendeur (Goethe).


L’approche communicationnelle


Selon Jakobson, toute communication verbale comporte six éléments, un contexte, un destinateur, un destinataire, un contact entre destinateur et destinataire, un code commun, un message. Il compte par ailleurs six fonctions:


La fonction émotive met l'accent sur le locuteur (l'émetteur), en soulignant ses émotions, son investissement personnel, affectif ou psychologique dans ce qu'il dit (par exemple dans un poème, une lettre intime, etc.). La fonction conative, impérative ou injonctive, est la fonction du langage qui vise à faire réagir le destinataire, à déterminer son comportement. Par opposition à la fonction émotive axée sur l’émetteur, la fonction conative est centrée sur le récepteur. Cependant ces deux fonctions peuvent intervenir simultanément pour assurer l’efficacité de la communication.


Il est à noter que Polieri a fait du schéma de Jacobson, un des pivots de son approche de la scénographie.

D - Emotion et représentation (questions)


Au théâtre, nous sommes émus par quelque chose qui n'existe pas, parce que nous avons développé une compétence fictionnelle; autrement dit, les émotions s'apprennent


Sur la base de ce qui précède, je propose de poser la question suivante: l'émotion représentée, exprimée par l’acteur ou le danseur est-elle de même nature que l'émotion de la vie de tous les jours, ceci tant sur un plan communicationnel que physiologique?


Le travail de l’acteur et celui du danseur pose trois questions quant à l’émotion:


1 - si l'émotion suppose un contenu cognitif, comment celui qui joue et danse dans un contexte fictif peut-il générer la croyance d’une réalité, donc d’une émotion?


2 - si l'émotion se caractérise en premier lieu par une propension à l'action comment la situation du spectateur peut-elle engendrer une émotion alors même qu'elle impose son espace au corps et rend toute action sur le déroulement de l’œuvre impossible? Comment comprendre l'émotion d'un corps spectateur dans le cadre d’une performance même s’il y a interaction?


3 – le théâtre (les acteurs, les danseurs) semble faire l'hypothèse d'une polarisation de l'émotion, émotions positives, émotions négatives, hypothèse sous-tendue par une croyance en l'expressivité des acteurs et des danseurs.


Plus généralement, le problème est de comprendre la dimension psychophysique de l'émotion au théâtre (des acteurs, des danseurs), alors même que ni psychologiquement, ni physiologiquement les conditions ne sont les mêmes que dans les émotions de la vie de tous les jours. Et pourtant, les émotions suscitées par une pièce ressemblent, bien davantage que celles des autres arts, à s'y méprendre à celles de la vie quotidienne. Comment le théâtre (les acteurs, les danseurs) crée-t-il des émotions en milieu artificiel?


Emotion esthétique et émotion théâtrale


L'une des grandes questions posées par toute discussion sur l'émotion esthétique est de savoir si l'œuvre d'art suscite ou non des émotions telles que nous les connaissons dans la vie. Au contraire, ne faut-il pas supposer une certaine mise à distance de notre rapport immédiat au monde, une attitude désintéressée pour percevoir la spécificité des oeuvres d'art? Ne faut-il pas mettre à distance notre propension à l'action et toute pensée pratique pour s'ouvrir à l'émotion esthétique? Quoi de commun entre l'émotion suscitée par une nature morte et la satisfaction que procure un grand festin? Et pourtant, l'émotion théâtrale (produite par les acteurs et les danseurs) nous pose la question du lien entre émotion esthétique et émotion de notre vie d’individus, justement parce que le théâtre (les acteurs, les danseurs) travaille nos émotions pour en faire des émotions esthétiques. Il semble que les émotions suscitées par les films prennent leurs racines dans le même type de processus que ceux qui produisent nos émotions de tous les jours.


Le corps dans l'émotion cinématographique


Une pièce étant une organisation de corps, d’espace, de son et de représentations, on pourrait croire que l'émotion théâtrale (les acteurs, les danseurs), on peut croire que l'émotion naît de l'association de contenus représentationnels. Or, les cognitivistes qui ont étudié l'émotion théâtrale ont réintroduit l'organique alors même que le corps semblait particulièrement neutralisé dans de telles conditions de réception.


Le rôle de la cognition dans l'émotion théâtrale


Certains théoriciens refusent tout contenu cognitif à l'émotion, d'autres nient la possibilité d'un contenu de croyance inhérent à l'émotion. Les spécificités de l'émotion théâtrale peuvent-elles contribuer à éclaircir ces questions. D'une part, comment peut-on expliquer l'émotion du sublime en ne faisant intervenir qu'un jeu de viscères et de connexions biologiques, alors même que le sublime suppose une réflexion sur l'objet du sublime? D'autre part, comment comprendre qu'une fiction puisse nous toucher sans supposer un certain jeu du code et de la croyance?


Les techniques théâtrales de création de l'émotion


La condition du spectateur au théâtre n'est pas assimilable à la situation in vitro. En effet, il existe des émotions liées aux relations du spectateur à la salle. La contagion émotionnelle dépend des caractéristiques de la pièce et du contexte offert par la salle (la scénographie, le public…). Selon les cognitivistes, l'émotion dirigerait le corps et l'esprit vers un objet et tendrait à provoquer une action par rapport à cet objet. C'est parce que nous assignons certaines caractéristiques à un objet qu'il peut susciter en nous des réactions émotionnelles. Mais y a-t-il une correspondance objective entre certains éléments et certaines réactions émotionnelles? Y a-t-il des “signaux”, qui provoqueraient à coup sûr une réaction. Comment est-il possible qu'un personnage, une scène soient émotionnellement prédéterminés?